Lorsqu’on souhaite créer son entreprise après une perte d’emploi, la manière de mobiliser ses droits au chômage compte autant que leur montant. Maintien de l’ARE, capital de l’ARCE, exonération ACRE : les règles ont changé en 2025 et 2026, et le bon choix dépend désormais du profil du projet.
Pour vous aider à y voir clair, nous analysons dans cet article le fonctionnement de ces dispositifs à travers un cas pratique complet, afin de vous guider au mieux dans vos choix stratégiques.
I. L’ARE : conditions, montant et durée
L’allocation d’aide au retour à l’emploi est versée par France Travail selon les règles fixées par l’Unédic (convention du 15 novembre 2024). Les règles ci-dessous visent les contrats rompus depuis le 1er avril 2025.
Conditions : perte involontaire d’emploi (licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD), au moins 6 mois travaillés sur les 24 derniers mois (36 mois à partir de 55 ans), inscription à France Travail dans les 12 mois et recherche active d’emploi ou démarches de création d’entreprise.
Remarque : une démission n’ouvre pas droit à l’ARE, sauf démission légitime (suivre son conjoint, par exemple), projet de reconversion ou de création d’entreprise validé par Transitions Pro, ou réexamen par France Travail après 121 jours de chômage.
Montant : le montant retenu correspond à la formule la plus élevée : 40,4 % du salaire journalier de référence (SJR) + 13,18 €, ou 57 % du SJR, dans la limite de 70 % du SJR. L’ARE est versée sur 30 jours par mois, soumise à CSG-CRDS et imposable. Au-delà d’un salaire journalier de 159,68 €, elle baisse de 30 % à partir du 7e mois (sauf à partir de 55 ans).
Durée : jours calendaires de la période de référence × 0,75, avec un minimum de 182 jours. Le versement débute après un délai d’attente de 7 jours, prolongé si des indemnités de congés payés ou de rupture supérieures au minimum légal ont été versées (dans la limite de 150 jours).
| Âge à la fin du contrat | Droit commun | Rupture conventionnelle (contrat rompu depuis le 1er sept. 2026) |
|---|---|---|
| Moins de 55 ans | 548 jours (18 mois) | 456 jours (15 mois) |
| 55 et 56 ans | 685 jours (22,5 mois) | 624 jours (20,5 mois) |
| 57 ans et plus | 822 jours (27 mois) | 624 jours (20,5 mois) |
II. Créer son entreprise : maintien de l’ARE, ARCE et ACRE
Le créateur indemnisé doit choisir entre le maintien de l’ARE et l’ARCE, qui ne se cumulent pas. L’ACRE s’ajoute à l’une ou l’autre.
Le maintien de l’ARE : l’allocataire reste demandeur d’emploi et perçoit chaque mois son ARE, diminuée de 70 % des revenus tirés de l’activité. Les jours non versés sont reportés. Depuis le 1er avril 2025, ce cumul est plafonné à 60 % des droits restants au jour de la création. Les 40 % restants ne sont versés qu’après cessation d’activité ou, à titre exceptionnel, avec l’accord de France Travail si le créateur ne tire aucun revenu de son activité.
L’ARCE : un capital égal à 60 % des droits restants, diminué de 3 % au titre de la retraite complémentaire, versé pour moitié au démarrage et pour moitié six mois plus tard. Le second versement suppose que l’activité continue et que le créateur n’ait pas signé de CDI à temps plein. L’ARCE est imposable en traitements et salaires. Elle exige d’avoir obtenu l’ACRE. En cas d’échec, les 40 % restants peuvent être repris après cessation d’activité.
L’ACRE : une exonération partielle de cotisations la première année, qui n’est plus automatique. La demande doit être déposée à l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début d’activité. L’exonération est de 25 % : pour les micro-entreprises créées à compter du 1er juillet 2026, elle prend la forme d’un taux réduit à 75 % du taux normal. Pour les autres créateurs, elle s’applique si le revenu ne dépasse pas 36 045 €, puis devient dégressive jusqu’à un revenu de 48 060 €.
III. Le cas de Monsieur Patrimoine
Monsieur Patrimoine, 45 ans, est cadre en CDI depuis 6 ans. Son salaire brut est stable à 54 000 € par an. Il quitte son entreprise par une rupture conventionnelle, avec une fin de contrat au 30 septembre 2026, et perçoit uniquement l’indemnité légale : aucun différé spécifique ne s’applique.
| Ses droits à l’ARE | Montant |
|---|---|
| SJR (108 000 € / 730 jours) | 147,95 € |
| ARE journalière (57 % du SJR) | 84,33 € (2 529,90 € par mois) |
| Durée maximale (rupture conventionnelle) | 456 jours |
| Droits restants à la création, au 1er janvier 2027 (366 jours) | 30 864,78 € |
| Enveloppe mobilisable (60 %) | 18 518,87 € |
Licencié, il aurait eu droit à 548 jours, soit 7 758 € d’allocations en plus.
Exemple chiffré : Hypothèse 1 : une micro-entreprise qui facture dès le départ
Il lance une activité de services artisanaux et facture 3 000 € par mois (revenu retenu après abattement de 50 % : 1 500 €).
| Maintien de l’ARE | ARCE | |
|---|---|---|
| Versement | 1 517,94 € par mois (18 jours indemnisés) | 8 981,65 € en janvier et en juillet 2027 |
| Enveloppe perçue en totalité | Après environ 12 mois | Après 6 mois |
| Effet d’une hausse du chiffre d’affaires | Réduit l’ARE et étire l’enveloppe | Aucun |
Le montant est identique, mais l’ARCE permet de la percevoir deux fois plus rapidement, sans dépendre du chiffre d’affaires. L’ACRE ramène ses cotisations de 21,2 % à 15,9 % en 2027, soit 1 908 € d’économie. L’ARCE est la meilleure option.
Exemple chiffré : Hypothèse 2 : une SASU sans rémunération la première année
Il crée une SASU et ne se verse ni salaire ni dividende pendant un an.
| Maintien de l’ARE | ARCE | |
|---|---|---|
| Versement | 2 529,90 € par mois (ARE complète) | 8 981,65 € en janvier et en juillet 2027 |
| Solde de 40 % (12 345,91 €) sans cesser l’activité | Possible avec l’accord de France Travail | Non |
| Montant potentiel la première année | 30 864,78 € | 18 518,87 € |
Sans rémunération, le maintien de l’ARE assure un revenu mensuel, conserve le statut de demandeur d’emploi et peut débloquer les 40 % restants. Le maintien de l’ARE est la meilleure option.
Montants bruts avant CSG-CRDS, paramètres en vigueur au 29 septembre 2026.
IV. Points de vigilance
- Calendrier : créer l’entreprise après la fin du contrat, à défaut, l’ARCE est perdue ; démarrer une micro-entreprise en début de trimestre pour bénéficier de 12 mois d’ACRE.
- Délai de 60 jours de l’ACRE : sans demande dans ce délai, l’ACRE est perdue, et l’ARCE avec elle.
- Mode de rupture : avant 55 ans, une rupture conventionnelle réduit la durée maximale de 548 à 456 jours, un écart à intégrer dans la négociation de l’indemnité.
- Fiscalité : ARE et ARCE sont imposables ; une création en fin d’année répartit les deux versements de l’ARCE sur deux années.
Conclusion
Depuis 2025, le maintien de l’ARE et l’ARCE portent sur la même enveloppe de 60 % des droits restants : l’arbitrage se fait sur le rythme et le risque, plus sur le montant. L’ARCE convient aux projets qui génèrent vite des revenus ou nécessitent des fonds au démarrage. Le maintien de l’ARE convient aux projets longs à rentabiliser, sans rémunération du dirigeant.
Dans tous les cas, l’ACRE doit être demandée dans les 60 jours, et l’arbitrage se prépare avant la fin du contrat.
Parce que chaque situation professionnelle et patrimoniale est unique, nous vous invitons à échanger avec un conseiller pour valider la stratégie la plus adaptée à votre projet de création d’entreprise.
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